vendredi 13 octobre 2017

Comment différencier la Bio, du bio industriel ?

À l’heure où s’ouvrent les premiers États généraux de l’alimentation ce 20 juillet, la perspective de créer une filière agro-alimentaire durable fait débat. Si la voie des produits biologiques semble la plus adaptée, toutes les filières bio ne se valent pas. Alors que la Bio se définit comme un projet global, le bio industriel tente de s’emparer du marché. Enquête de Kaizen...
© Gilles Lougassi-Fotolia.com
© Gilles Lougassi-Fotolia.com
« Le modèle de la grande distribution est incompatible avec la Bio », revendique Claude Gruffat, dans son ouvrage Les dessous de l’alimentation Bio (Ed. La mer salée, 2017). Pourtant, le bio de la grande distribution domine 45 % de part de marché, contre 37 % pour les filières spécialisées (La Vie claire, Biocoop, Les Nouveaux Robinsons, etc.) et 18 % pour les circuits courts (AMAP et vente direct)1. Dans ce contexte dominé par les plus grands, de plus en plus de voix s’élèvent chez les petits producteurs, militants et consommateurs, pour dénoncer les industriels qui se lancent dans la vente de produits biologiques, au détriment des valeurs paysannes (respect de la nature, solidarité entre producteurs, autonomie alimentaire, diversité des cultures et des élevages, etc.).

Même si l’enseigne Carrefour affiche sa volonté de créer « Le Bio… pour tous ! » et la filiale Auchan celle de « rendre le bio accessible à tout un chacun » (nous n’avons pas obtenu de réponse sur leurs perspectives pour 2017), les professionnels engagés critiquent le manque de cohérence entre le bio industriel et ses critères sociaux et environnementaux. « La grande distribution achète des produits qui ont fait le tour du monde pour arriver dans l’assiette du consommateur Français. Ce n’est pas cohérent sur un plan environnemental, mais aussi social, parce qu’en général c’est fait sur le dos de gens qui sont payés moins de 2€ par jour à l’autre bout de la planète. », explique le directeur de Biocoop, Claude Gruffat. En proposant des tomates et des fraises en hiver dans les grandes surfaces, la grande distribution répond davantage à une demande, plutôt qu’à des critères éthiques. De plus, le label bio européen a assoupli ses critères depuis sa création en 1999, en autorisant notamment 0,9 % d’OGM dans les produits bio, des traitements médicamenteux (trois par an maximum pour les poules pondeuses par exemple), et la mixité – bio et non bio – des exploitations2.

« Aujourd’hui, une ferme de 1000 vaches en bio, c’est possible », s’alarme le directeur de la coopérative Norabio dans les Hauts-de-France. Si les nouveaux industriels du bio s’arrêtent aux normes fixées par le cahier des charges européen, des projets de très grandes envergures en bio peu soucieux des normes environnementales et sociales, pourraient en effet voir le jour. Les défenseurs de l’agriculture paysanne et locale s’inquiètent ainsi de voir, à terme, les procédés de l’agriculture conventionnelle appliqués au bio, avec la mécanisation accrue de la production et la pression de la grande distribution pour la standardisation des produits3. « Les progrès technologiques et industriels vont de pair avec, soit une baisse des qualités gustatives des aliments, soit une standardisation-homogénéisation des produits, soit encore la disparition, la raréfaction ou le remplacement par des substituts industriels des produits artisanaux (fromages, charcuteries, pain, etc.) », analysait déjà Jean-Pierre Corbeau, professeur de sociologie à l’Université François Rabelais de Tours au XVIIe congrès de l’AISLF (Association Internationale des Sociologues de Langue Française) en 2004.

Bio industriel © FNAB

La guerre des prix

« Le rôle du distributeur a un impact extrêmement important dans le mode de production », souligne Claude Gruffat. En effet, dans l’ouvrage Les coulisses de la grande distribution (Ed. Albin Michel, 2000), Christian Jacquiau affirme que 97 % des produits alimentaires passent par 5 réseaux de distribution : Carrefour-Promodès, Lucie (centrale d’achat commune à Leclerc et à Système U), Opéra (centrale d’achats regroupant Casino-Cora, mais aussi Franprix, Leader Price, Monoprix-Prisunic), Auchan, et Intermarché. Leur position de domination leur permet de négocier des prix à la baisse. Les producteurs, soumis à cette pression, industrialisent leurs méthodes de production pour d’accroître leurs rendements afin de faire des économies d’échelle (voir Kaizen 6).

Selon les études de l’Agence Bio, en 2014 « près de 9 Français sur 10 ont consommé des produits bio au moins occasionnellement, et 6 sur 10 régulièrement »4. La grande distribution saisit ainsi un marché en pleine croissance, mais n’est pas préparée à cette demande car les surfaces agricoles manquent (4 % d’entre elles seulement sont consacrées au bio en France). Alors, au lieu de construire petit à petit des partenariats avec les filières françaises, elles importent des produits de l’étranger. La grande distribution construit donc un bio « qui vient d’ailleurs » selon les mots de Mathieu Lancrix, directeur de Norabio.

Stéphanie Pageot, présidente de la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique (FNAB) rappelle que « de nouveaux acteurs arrivent et sont tentés de s’engager dans une guerre des prix. Mais il faut qu’ils fassent la guerre du prix le plus juste, pas celle du prix le plus bas ! ». Faire appel à des travailleurs à l’étranger permet de baisser le prix des produits bio. Comment déterminer alors un prix juste ? En suivant les principes du commerce équitable et de l’économie sociale et solidaire, selon les acteurs de la Bio. Ainsi, la marque “Ensemble pour plus de sens”, créée en 2000, rebaptisée depuis “Ensemble, solidaire avec les producteurs”, privilégie l’adaptation aux conditions de production pour ajuster les tarifs : « Chaque année, en fonction des aléas climatiques et des rendements obtenus, les prix des produits peuvent varier à l’intérieur d’une fourchette. Ils sont garantis par contrat sur trois ans avec un plancher et un plafond », explique François Péloquin, agriculteur bio et gérant du GIE Ferme de Chassagne, en Charentes.

« Il faut recréer du lien entre les différents acteurs », ajoute Stéphanie Pageot. Décidés à réagir, les différents acteurs de la Bio se regroupent de plus en plus pour anticiper la concurrence des filières industrielles. « Il y a un risque qu’ils fassent pression sur les prix. C’est pour cela que nous devons organiser les filières : gérer la surproduction et s’organiser avec les distributeurs », explique le directeur de la coopérative Norabio basée à Gondecourt, qui regroupe 140 producteurs de fruits, légumes et céréales Bio.
Bio industriel © FNAB

La Bio défend un projet politique, économique et social

À la différence du bio industriel, la Bio entend ainsi respecter la terre, son rythme et ses saisons tout en garantissant une justice sociale pour les travailleurs, mais aussi créer une plus grande autonomie alimentaire et permettre l’accès à une nourriture de meilleure qualité. C’est pour être fidèle à ces principes que certaines filières spécialisées (Les Nouveaux Robinsons, Biocoop…) s’engagent à ne pas laisser, par exemple, de trace d’OGM dans les produits bio, ou à limiter le transport par avion.
Toujours dans la perspective de renforcer les critères de la Bio, la FNAB a créé en 2010 un nouveau cahier des charges français, Bio Cohérence, (ses produits sont disponibles dans les magasins bio engagés et chez certains producteurs) qui s’ajoute à la réglementation européenne et renforce ses critères : il garantit ainsi une nourriture 100 % bio, cultures et élevages confondus, interdit les OGM ainsi que l’élevage hors-sol, et privilégie la vente directe. Il s’ajoute à la liste des cahiers des charges privés comme celui de l’association Nature & Progrès, ou de Déméterpour l’agriculture biodynamique.

« La vigilance du consommateur, c’est d’imposer et de demander que les valeurs qui encadrent la Bio, telles qu’on les a connues dans les réseaux spécialisés jusqu’à maintenant, soient aussi conservées par la grande distribution », préconise Claude Gruffat. Si aujourd’hui les filières internationales n’ont pas pris plus d’ampleur, c’est grâce au consommateur, qui privilégie à 71 % les produits français, selon l’Agence Bio. « La concurrence internationale reste cependant forte. Nous avons tiré la sonnette d’alarme dans les années 1990 et, les consommateurs ont commencé à boycotter les produits venus de Chine, des pays de l’Est ou du Canada. », rappelle François Péloquin, agriculteur bio en Charente.
Il s’agit donc de garder l’esprit critique, en choisissant des produits de saison, bio et locaux. En espérant qu’ « avec les consommateurs, les petits ruisseaux feront les grandes rivières », conclut Claude Gruffat.

1 Chiffres de l’Agence Bio, 2016.
2 Le bio s’use-t-il ? Analyse du débat autour de la conventionalisation du label bio, Geneviève Teil, p.102-118, 2012.
3 Les évolutions des exploitations agricoles bio, Denise Van Dam et Jean Nizet, Revue économie rurale, 2014. 4 Voir les études de l’Agence Bio.

Par Léa Dang pour le magazine Kaizen 

lundi 29 mai 2017

#Evenement

Les 2, 3 et 4 juin, je participe à l'Ecocentrique Festival qui aura lieu dans le 13ème arrondissement au 12 rue Sébastien Bach.



Je vous présenterai une recette maison de dentifrice (un peu différente de la recette proposée sur le blog), venez nombreux !


samedi 15 avril 2017

vendredi 31 mars 2017

#Rencontre avec Vulfran de Richoufftz, le co-créatuer de Panafricain

Vulfran de Richoufftz est le co-créateur de Panafrica, une marque de chaussures responsable qui met en place des projets sociaux en partenariat avec des associations en Afrique.


Quelle est l’idée à l’origine du projet ?

Hugo et moi avons monté Panafrica il y a maintenant un an et demi, quand Hugo est rentré d’Afrique de l’Ouest, avec les bras chargés de Wax. Je dessine beaucoup, et quand on s’est retrouvé, je me suis dit qu’on pourrait créer quelque chose de sympa, mais de manière différente. C’est comme ça que l’idée est née.

Que vouliez-vous proposer ?

Nous voulions proposer un produit qui a une vraie histoire, une vraie éthique. Nous avons choisi d’adopter une logique différente des autres marques dans l’achat des matières. C’est important pour nous de savoir que les chaussures ont été fabriquées dans de bonnes conditions par de petits artisans locaux, plutôt que de les acheter directement auprès de grandes usines en Italie ou au Portugal.

Puis, on s’est posé la question : « Comment faire pour associer notre consommateur final à cette éthique de marque ? », et nous avons créé : WorkForSchool, un programme qui reverse 10 % de tous nos bénéfices en faveur de l’éducation et de l’information.

Quels autres projets soutenez-vous ?

Nous avons un autre partenariat avec une association qui s’appelle AfrikaTiss au Burkina Faso et dont l’idée est davantage d’aider à la formation professionnelle de femmes au tissage et à la teinture du coton produit localement au Burkina Faso. Nous souhaitons, en tant que marque, racheter une partie de la production de ce centre, a un prix juste et concerté, pour atteindre un schéma de commerce équitable avec ces femmes.

Quelles sont les deux autres associations ?

Il y en a une avec qui on a fait notre premier projet, Espoir d’Afrique, au Bénin. On travaille aussi avec la Serge Betsen Academy, association de Serge Betsen, un ancien rugbyman franco-camerounais qui a construit cinq centres scolaires, et aide des enfants en grande difficulté - notamment par l’apprentissage du rugby. Nous les aidons par des dons pour payer : les uniformes, le matériel et participer à la construction de centres scolaires, par exemple.

Le Wax n’est pas une matière très écologique, quelles sont vos ambitions pour l’environnement ?

Cela passera par du développement local. On se pose beaucoup la question du cuir. On a choisi du cuir semi-végétal, nous pensons au piñatex, du cuir de feuille d’ananas. Ce sont des matières qui peuvent remplacer le cuir. Nous avons créé une gamme complétement vegan, en remplaçant le cuir intérieur par du coton et supprimé des galons de finition en cuir afin de répondre aux logiques environnementales.

« I am a drop » (Je suis une goutte) signifie que chaque individu a la capacité d'agir pour un futur plus durable. Est-ce le cas pour Panafrica ?

On a l’ambition d’apporter notre petite goutte, oui ! Nous pouvons dire que nous fabriquons nos modèles dans de bonnes conditions. Un consommateur qui achète une paire de Panafrica, a la garantie de la transparence. Il sait comment les modèles sont faits, avec qui et dans quelles conditions, mais il est conscient aussi des limites du projet. Ce qui est important, c’est surtout que le consommateur sache que cette chaussure est fabriquée par Micham au Maroc, que la toile vient de Côte d’Ivoire, qu’elle a été achetée au Produit Newax, etc.

Faire de jolies chaussures donc, avec une vraie histoire, et une vraie éthique.




dimanche 26 février 2017

#Rencontre avec Anthony Verlaine, créateur de Verlaine & Rimbaud

Verlaine & Rimbaud est la marque créée par Anthony Verlaine, le descendant du célèbre poète Paul Verlaine. Classiques et intemporels, les vêtements conçus par Anthony sont fabriqués en matières éco-responsables et éthiques, et sont porteurs de messages d’amour, de tolérance et de respect.


Peux-tu me parler de l’idée à l’origine du projet ?

Verlaine & Rimbaud est née en 2013. Avant la création de la marque, je travaillais dans la politique étrangère et la diplomatie. En 2012, j’ai eu un accident qui m’a contraint à rester à l’hôpital pendant près de deux ans. Je me suis dit que c’était l’occasion de changer. Dans la vie, on n’a pas souvent ce genre de moment, où l’on peut réfléchir et se concentrer sur ce qui compte vraiment. J’ai toujours été intéressé par la protection de l’environnement et par la mode. Je voulais créer des vêtements différemment, d’une manière qui n’affecterait pas la planète contrairement à ce que fait le « fast fashion » aujourd’hui. Je voulais créer une marque 100% biologique et recyclée. C’est comme ça que la marque est née.

Peux-tu décrire l’esprit de la marque ?

On ne fait pas de la « haute couture » mais des vêtements simples, classiques et intemporels. L’objectif dans tout ce que l’on créé, est de lutter pour l’environnement et pour plus d’éthique. Tous les vêtements que nous utilisons sont fabriqués en matières biologiques et recyclées. Nous travaillons également avec une association œuvrant pour la reforestation : pour chaque produit vendu, un arbre est planté. Du début à la fin, on se soucie de l’environnement.

Les vêtements viennent de Paris ?

Non. Tous nos vêtements proviennent d’usines de commerce équitable basées en Inde, au Bengladesh, en Turquie et dans d’autres parties du monde. On paye une association, Fair Wear Foundation, qui contrôle tout. L’idée n’est pas de voler le métier de ces personnes. Nous voulons juste faire en sorte d’améliorer la situation. Fair Wear Foundation contrôle très strictement les labels et les conditions de travail. Les produits arrivent vierges à Paris, et on s’occupe de la broderie, de l’impression et de la couture.

Quel genre de matières utilises-tu ?

On utilise uniquement du coton bio. Pourquoi ? Parce que la production de coton est la plus polluante au monde. Elle requiert des quantités d’eau énormes, l’utilisation de pesticides et d’insecticides… Le coton biologique est fabriqué à partir d’eau réutilisée et sans l'utilisation de pesticides. Nous utilisons également des bouteilles en plastique recyclé, du bambou, du chanvre…

Prévois-tu différentes collections ?

Non, je suis contre le principe d’une « nouvelle collection » deux fois par an. La nouvelle collection est un prétexte pour pousser le consommateur à l’achat et lui faire changer ses vêtements tous les six mois… Des nouveaux vêtements, encore des nouveaux vêtements. Quand j’ai l'idée d'une pièce, je la fabrique, mais je n’ai pas une nouvelle collection pour chaque saison.

Pourquoi avoir choisi le nom « Verlaine & Rimbaud » pour représenter ta marque ?

Mon nom de famille est Verlaine. Paul Verlaine était mon arrière-grand-père. Quand j’étudiais aux Etats-Unis, mes amis me disaient toujours « Oh, Verlaine & Rimbaud ! ». J’étais étonné de voir qu'ils connaissaient tous ces deux poètes. En fait, c'était surtout dû au film éponyme Rimbaud & Verlainesorti en 1995 avec Léonardo DiCaprio. 
Verlaine et Rimbaud avaient tous les deux un esprit avant-gardiste. Alors je me suis dit : c’est le nom parfait pour ma marque.

Quel genre de style cherches-tu à promouvoir ?

Je ne veux promouvoir aucun style en particulier. Je fais des capes, des ponchos… J’essaie de faire un peu tout ce que je vois dans la rue à Paris, mais je ne prétends pas avoir un type ou un style  en particulier.

« I am a drop » (Je suis une goutte) signifie que chaque individu a la capacité d'agir pour un futur plus durable. Comment Verlaine & Rimbaud y participe-t-il ?

Tout est dans la phrase, « je suis une goutte ». Nous sommes chacun une petite goutte. Si davantage de petites marques comme nous agissaient en pensant à l’avenir, on pourrait faire la différence. Je me sens satisfait à l’idée d’agir pour les travailleurs. Même si ça ne concerne que quelques personnes dans le monde, j’agis. Et quand je porte mes vêtements, je me sens fier d’agir pour l’environnement. Verlaine & Rimbaud cherche à véhiculer des messages de paix et de tolérance. Quand tu marches dans la rue, les gens te voient, tu as un impact sur eux. Le simple fait de porter un vêtement peut changer quelque chose. Un tee-shirt, par exemple, est un excellent moyen de véhiculer un message. J’essaie de créer des punchlines courtes et marquantes pour promouvoir la paix et la tolérance. Ça peut sembler naïf, mais ça marche. Les gens me parlent dans le métro et dans la rue quand je porte des tee-shirts ou des pulls avec un message, ou bien ils me sourient. Et quand quelqu’un me sourit dans le métro, c’est déjà une victoire.

Quel est le message le plus important ?

Sans doute « No Planet B », arrêtez de faire n’importe quoi dans le monde dans lequel nous vivons ! Je pense qu’on est pas assez conscient de ce qui se passe. On détruit l’environnement, on détruit le monde dans lequel nous vivons, et c’est irréversible. Et malheureusement, c’est déjà en train de se passer. On n’a qu’une seule ****** de planète, alors arrêtez d’y foutre le bordel ! #UnfuckTheWorld



mardi 3 janvier 2017

#Rencontre avec Caroline Van Renterghem, fondatrice de WAIR

Après quelques mois d'absence, le blog commence la nouvelle année avec une chronique mensuelle sur la mode éco-responsable pour le magazine Superior. 

Caroline Van Renterghem est la fondatrice de Wair, une jeune start-up qui a récemment créé une écharpe anti-pollution. En avant première, voici l'interview réalisée pour le magazine Superior. L'interview originale sera bientôt disponible en anglais sur l'application du magazine Superior.

                     © Caroline lors de notre rencontre à Paris

#Bonjour Caroline, vous êtes la fondatrice de Wair, comment êtes-vous devenue l'entrepreneur que vous êtes aujourd'hui ?
  
Je m'appelle Caroline Renterghem, je suis française, j'ai vécu à Paris pendant six ans et maintenant je vis à Lyon où j'ai lancé ma start-up. J'ai étudié les sciences politiques et le marketing à Bordeaux. Quand j'habitais à Paris, j'ai travaillé dans la mode pour l'un des plus grands salons du monde nommé «Who's next première classe». J'ai toujours voulu être entrepreneur. Lors de mes études, j'ai créé ma première entreprise, un label de musique électronique. J'ai organisé des soirées, créé des CDs et produit en tant que DJ. Mes amis et moi n'avons pas continué l'aventure, mais c'était une expérience formidable qui m'a donné goût à l'entreprenariat.

#Comment est venue l'idée de créer une écharpe anti-pollution ?

Je revenais régulièrement à Paris quand je travaillais dans le milieu de la mode. En mars 2014, il  y a eu des pics de pollution très élevés. Un jour, j'allais travailler -comme tous les autres jours- et j'étais obligée de m'arrêter parce que je ne pouvais pas respirer... alors je suis allée voir mon médecin, et il m'a dit que c'était à cause de la pollution atmosphérique. Je ne connaissais pas ce problème. Je ne savais pas qu'il pouvait affecter la santé. J'ai commencé à acheter des masques antipollution, mais je les ai trouvés tous très... inconfortables et très peu esthétiques. Alors j'ai  utilisé  ma propre écharpe pour me protéger... mais ce n'était pas une solution non plus parce que mon écharpe n'était pas du tout efficace.

La technologie évolue dans beaucoup de domaines. Nous avons envoyé des satellites dans l'espace, nous avons créé des avions et des trains, mais nous n'avons aucune protection pour les citoyens urbains qui soit confortable, esthétique et efficace en même temps. C'est pourquoi j'ai créé Wair.

#Que signifie "Wair"?

Wair est la contraction de "Air" et "Wear".

#Qu'est-ce que "Wair" exactement ? Pouvez-vous décrire l'écharpe ?

Wair est une écharpe antipollution. Il s'agit d'un accessoire de mode et d'un système de filtration innovant. Nous avons créé simultanément une application de prévention qui indique l'emplacement et le taux de pollution. Nous avons redessiné la structure des masques antipollution pour le rendre plus léger et plus confortable.

#Quels types de matériaux utilisez-vous ?

Nous avons recouvert le masque antipollution amovible avec des textiles organiques (bambou, polyesters recyclés, cotons organiques). Nous produisons deux collections par an. L'idée est de créer un accessoire de mode qui puisse s'adapter à chaque tenue, mais qui puisse également être assez léger et confortable comme une écharpe ou un foulard classique. Ensuite, une fois dehors, il suffit de placer l'écharpe sur le visage. 

#Comment fonctionne le filtre anti-pollution ? Avez-vous fait des tests scientifiques pour prouver son efficacité ?

Nous avons travaillé avec des experts en filtration de l'air. Le filtre multicouche que nous utilisons filtre 99% des macro-particules (PM 2.5 et PM O.5), les gaz (gaz carbonique) et les bactériesPour conserver son efficacité, nous conseillons de le changer régulièrement car la pollution s'y concentre.

#Le foulard est lié à une application. Quel type d'informations pouvons-nous voir ?

L'application est appelée «Supair man», c'est un assistant personnel qui vous aide à traverser la ville et ainsi éviter la pollution. Vous pouvez savoir s'il y a de la pollution au moment où vous sortez.

#Quel a été votre première préoccupation : créer un accessoire de mode ou répondre au problème sanitaire lié à la pollution atmosphérique ?

Quand je travaillais dans la mode, j'ai côtoyé des jeunes créateurs. Ils étaient tous talentueux, mais ils ont tous vraiment lutté pour survivre dans ce milieu. Quand j'ai quitté mon emploi chez Who's Next, je me suis dit que je n'essaierai jamais d'être en concurrence avec ces gens.

Je crois vraiment que les vêtements doivent être plus que des vêtements. Wair appartient à une nouvelle ère que nous nommons la «fashion tech». L'idée, -en corrélation avec l'association Fashion Tech-, est de favoriser l'innovation dans la mode. Les accessoires de mode sont les produits les plus intimes que nous possédons, mais ils n'ont pas beaucoup évolué au cours des derniers siècles. Le premier objectif de nos tenues est de nous protéger de notre environnement. Nous nous protégeons d'abord de la pluie et du vent, et maintenant nous essayons de nous protéger contre le bruit et la pollution.

Nous croyons en l'idée d'apporter une fonction à nos vêtements; des fonctions qui puissent améliorer le confort de vie. 

#Pour créer votre écharpe, vous répondez à un problème social, politique et sanitaire qui concerne le monde entier. Sept millions de personnes meurent chaque année à cause de la pollution atmosphérique. La mode a un fort impact sur les gens. Pensez-vous que le monde de la mode devrait faire plus pour répondre aux questions de société ?

La mode est la troisième industrie la plus polluante au monde. En changeant la mode, vous allez changer le monde. Le but de Wair est d'abord d'alerter sur le problème de la pollution atmosphérique et donner une réponse pour les personnes qui font face à ce problème tous les jours. Bien sûr, notre objectif principal est qu'un jour, il n'y ait plus de filtres à particules dans nos écharpes. Nous pensons qu'en créant un accessoire de mode, les gens vont facilement le porter. Moins de personnes le porteraient si c'était seulement un objet technologique.

#I am a drop signifie que chaque individu peut agir pour un avenir plus durable. Comment Wair participe-t-il à cette vision?

Je pense d'abord en sensibilisant au problème de la pollution. La semaine dernière, l'OMS  a publié une nouvelle étude sur la pollution atmosphérique: 92% de la population mondiale respire un air pollué nocif pour la santé. L'air est invisible, personne ne le paye; Donc personne ne se sent responsable de sa qualité. Dans toutes les luttes environnementales, les océans, les forêts, etc., l'air est l'une des dernières ressources environnementales que nous protégeons alors que nous pouvons vivre deux jours sans manger, probablement un jour sans boire mais nous ne pouvons pas vivre plus d'une minute sans air ! L'air est la première ressource dont nous avons besoin.

Je pense donc que notre « drop » est de sensibiliser la population à l'exposition chronique de l'air pollué qui entraîne des maladies et des décès prématurés dans plusieurs pays. Nous espérons qu'en portant Wair, les gens se rendront compte que la prochaine étape est de réduire la pollution.
# Merci beaucoup Caroline.


                               Become a drop with Léa !

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Article bientôt en ligne sur...