samedi 10 octobre 2015

Essais - Le syndrome du Titanic II, Nicolas Hulot

Le syndrome du Titanic II, Nicolas Hulot


Nicolas Hulot est un activiste, journaliste-reporter et porte parole de son association La Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme

Nicolas Hulot pose plusieurs problèmes, résultants de constats sur l'état de la planète, mais surtout sur les conséquences visibles et non visibles du réchauffement climatique. Même s'il reste fondamentalement engagé dans la cause écologique, en citant David Brower "L'optimisme et le pessimisme expriment sous des formes différentes la même capitulation face au futur; car tous deux le traitent comme une fatalité et non comme un choix.", Nicolas Hulot essaie du moins d'apporter des idées de solutions.

A partir de la question "Comment prospérer sans croître ?", l'ouvrage déploie son argumentation en faveur d'un changement, si possible rapide. Tout d'abord, Nicolas Hulot fait référence à Tantale, un des personnages d'Homère dans l'Odyssé qui, punit par les Dieux, subit un châtiment terrible: Il voit l'eau se dérober à ses mains lorsqu'il souhaite s'abreuver, les fruits des arbres le dévier lorsqu'il veut se nourrir, et une pierre immense le menace à tout instant de lui tomber dessus.  

Serions-nous donc malgré nous, les fils et filles de ce personnage tragique ? 

  • Tous les indicateurs au rouge


Une partie de l'ouvrage esquisse un bilan de l'état de la Terre. Concernant les océans, les prévisions faites avec les données actuelles, détenues par les scientifiques, sont sans équivoques : les spécialistes prévoient l'effondrement -avant 2030-, de tous les poissons et fruits de mers. Sur les 31,5 millions de tonnes de poissons que la pêche minotière extrait chaque année des mers, 90% sont destinés à la fabrication de farines et huile de poisson. Nicolas Hulot continue à nous confronter aux chiffres. Cette fois-ci, concernant la concentration en dioxyde de carbone dans l'atmosphère : celle-ci serait la plus élevé depuis huit cent mille ans d'après les résultats de forages glaciaire 1.

« 300 000 morts par an, dû au changement climatique. »

  • Repenser notre système ? Les limites du capitalisme.


Nicolas Hulot s'appuie sur différents penseurs pour expliquer les effets délétères du système qui régit nos économies modernes. Le prix Nobel d'économie Joseh Stiglitz, explique à ce titre, qu'un fonctionnement comme celui du capitalisme impose inconsciemment son modèle individualiste de représentation et de comportement. En d'autres termes, le capitalisme ne se restreint plus à l'économie même, mais s'étend, jusqu'à devenir une norme, sociale, psychique. Dans Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Hervé Kempf écrit « L'individu reste en permanence en deçà de ses aspirations. », et illustre la manière dont le monde occidental pense aujourd'hui, c'est-à-dire, soumis, assujettis à l’assertion fallacieuse du « toujours plus », et à la course au profit. Ce gouffre qui se crée entre illusion et réalité, n'est pas seulement perceptible au niveau de l'individu. Bernard Lietaer, ancien responsable de la Banque centrale de Belgique affirme qu'il existe aujourd'hui une déconnexion complète entre les deux « économies » : la réelle, celle des hommes, et la virtuelle, celle des marchés. 2

Interview tirée du film Human, de Yann Arthus-Bertand
 C'est donc contre une économie qui ne prend pas en compte les réalités de ce monde que Nicolas Hulot s'oppose ; et, il n'est pas le seul à s'opposer aux « gros capitalistes » du monde des finances qui prospèrent sans prendre en compte les crises sociales et climatiques. Adam Smith lui-même invitait la prudence concernant, je cite: « un ordre d'homme dont l'intérêt n'est jamais exactement le même que celui du public, qui généralement et intéressé à tromper et même à opprimer le public et qui, dans bien des occasions, n'a pas manqué de le tromper et de l'opprimer. » 3

  • Deux conceptions du futur incompatibles


L'auteur finit par mettre en exergue la dualité incompatible entre les mutations écologiques, et les solutions proposées par le gouvernement pour sortir de la crise. A cette époque, Ségolène Royale et Nicolas Sarkozy, proposaient à leurs électeurs le même objectif : intensifier la croissance des productions, des consommateurs et des déplacements. Aujourd'hui heureusement, cette idée s'atténue, les décideurs politiques commencent à comprendre qu'il n'est plus possible de voir l'avenir sous l'aune de la croissance quand les ressources de la Terre s'amenuisent au point de devoir manquer dans un futur -qu'on espère lointain.

Après une moindre critique de ceux qui écartent de notre futur ce qui constitue le terrain de notre avenir, la Terre, Nicolas Hulot livre sa politique. Il résume sa pensée très brièvement et en donne les grandes lignes. Selon lui, il faut sortir de l'obsolescence programmée des biens de consommations, et pour cela favoriser la réparation plutôt que l'échange, sortir du tout jetable ; construire une société qui propose des services plutôt que des biens. Il s'agit en fait de se diriger vers un modèle d'économie circulaire et non plus linéaire qui respecte une règle, celle des quatre « R » :
  • réguler (la production)
  • réduire (le coût énergétique et les circuits)
  • rallonger (la durée de vie des produits)
  • recycler (les déchets)

Il s'agit donc de modifier notre conception de l'économie, pour que celle-ci trouve réellement un équilibre.

« L'utopie d'aujourd'hui peut-être la réalité de demain. » p.120 Théodore Monod.

Notes: 
1 publiés dans la revue Nature
2 écrit tel quel dans le livre
3 référence non présentée dans l'ouvrage

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