Pauline et Cattleya se sont attaquées avec courage à la question du cuir animal et des conséquences sociales, environnementales et sanitaires désastreuses engendrées par l’industrie de la mode. En plus de faire partie des visages de la prochaine collection, j’ai eu le plaisir de les interviewer pour parler de Poétique, leur marque de vêtements en cuir végétal…

Pouvez-vous d’abord dire quelques mots sur vous ?

Pauline : Je m’appelle Pauline, j’ai 36 ans et j’habite à Paris. J’ai d’abord travaillé en tant que commercial  notamment le digital où j’ai rencontré Cattleya. Après des petites expériences dans l’e-commerce, l’entreprenariat, et un rapide passage dans un showroom de mode, j’ai eu envie de fonder ma marque.

Cattleya : Moi c’est Cattleya, je viens d’avoir 27 ans. Avant de me lancer dans la création de Poétique, j’ai travaillé dans le marketing, le digital et le conseil. J’ai rencontré Pauline quand nous travaillions ensemble pour une agence de communication digitale.   

Quelle est l’histoire, derrière Poétique ?

Cattleya : Nous nous posions beaucoup de questions sur notre mode de vie. Après avoir modifié notre alimentation, nous nous sommes posées la question des vêtements. Nous ne voulions plus porter de matière animale. On a alors essayé d’identifier quelles étaient les pièces classiques du dressing, et on a pensé à une version non-cuir du perfecto. Nous avons constaté qu’il n’y avait pas de version éthique pour cette pièce. Entre les gros acteurs de la fast fashion et le luxe de Stella MacCarney, il n’y avait pas d’entre-deux. C’est à ce moment-là que nous avons commencé à enquêter sur les matières premières végétales existantes. Nos recherches nous ont encouragées à lancer Poétique par la suite.

Pourquoi avoir choisi le nom « Poétique », d’ailleurs ?

Pauline : Nous voulions incarner un univers très parisien et romantique, à l’image des années 60 incarnées par Serge Gainsbourg et Jane Birkin. Il y a aussi un petit jeu de mot derrière poétique… « peau » et « éthique » ! Nous souhaitions aussi que Poétique soit connue pour son univers, sa patte, son style, non pas seulement pour son alternative au cuir.

Comment définiriez-vous l’univers de Poétique plus précisément ?

Cattleya : Il y a trois adjectifs qui définissent à la fois nos valeurs et notre univers :

  • Respectueux (des êtres humains et de la planète),
  • Rock (pour le style, le côté twist),
  • Parisienne (pour l’univers et les symboles que la ville incarne et parce que nos ateliers de fabrication sont à Paris).
Parlons des fameuses matières que vous utilisez pour vos pièces. Comment les avez-vous choisies ?

Pauline : Avant de trouver des fournisseurs, nous avons fait un an de recherche sur les matières. Nous voulions trouver une alternative aux matières synthétiques pures et sortir de l’image bas de gamme de la fast fashion. Pas facile, quand l’objectif est de dénicher une matière noble et plus écologique. Nous avons fini par trouver deux matières sur lesquelles travailler :

  • Le cuir de céréales (à partir de déchets de céréales recyclées)
  • Le cuir de pommes (à partir de déchets de pommes).
Pouvez-vous me décrire le processus de création ?

Pauline : les matières premières viennent d’Italie et sont certifiées écocert. Les entreprises que nous choisissons s’inscrivent dans une démarche écoresponsable et sont situées soit en France, soit en Italie et en Allemagne. Une fois que nous avons rassemblé les pièces, nous travaillons avec deux ateliers de fabrication : un en Île de France et un autre atelier à Calais qui salarie des femmes en réinsertion pour confectionner les petites pièces. Pour la commercialisation, nous favorisons le canal e-shop pour réduire les intermédiaires : les prix sont ainsi moins exorbitants et nos vêtements plus accessibles.

Comme tout·e entrepreneur·se, je suppose que vous avez rencontrées des difficultés…

Cattleya : C’est une super aventure, mais nous nous sommes en effet heurtées à des obstacles. Par exemple, le terme « cuir » est une appellation protégée. A priori, ce terme n’est pas autorisé même s’il est utilisé par les journalistes et le grand public. À l’oral, nous utilisons le mot « cuir vegan », qui est une expression déjà reprise par des marques d’accessoires et de chaussures lancées avant nous. Cela nous paraît plus logique d’utiliser cette appellation car notre matière ressemble au cuir et cela facilite la compréhension.  À l’écrit, en revanche, nous préférons l’expression « alternative au cuir et au daim », en complétant par la mention « 100 % vegan ».

Cette année, je rajoute une petite question aux interviews. Avez-vous un objet culturel, en lien ou non avec votre marque, que vous aimeriez partager ?

Cattleya : Sur Instagram nous avons partagé le livre de Françoise Sagan Bonjour tristesse, une lecture d’été avec un gout un peu amer… Je pense qu’il reflète bien l’esprit dans lequel nous sommes pour la prochaine collection, un mélange de sérieux et de légèreté.

Pauline : Pour moi, je dirais le toucan, car c’est un symbole qui nous a suivi depuis le début de l’aventure. Il est présent sur toutes nos pièces. Nous dessinons nos doublures nous-mêmes, notre premier dessin fut un toucan ! Il nous suit depuis un an.

« I am a drop » (Je suis une goutte) signifie que chaque individu a la capacité d’agir pour un futur plus durable. Qu’en est-il pour Poétique ?

Pauline : Il y a plein de façons de faire de la mode éthique. Nous sommes conscientes qu’il faut changer les choses et que notre génération doit dès à présent représenter la mode de demain. Le plus gros défi de Poétique est de créer une matière écologique en travaillant non seulement sur des matières recyclées (ce que nous faisons déjà), mais aussi du 100 % végétal, et le tout en France ! Nous travaillons jour après jour pour atteindre ces objectifs.

Cattleya : Nous sommes vraiment convaincues que chacun·e peut faire quelque chose à son échelle. C’est d’ailleurs comme cela qu’on a démarré. Nous sommes une niche pour l’instant, mais nous espérons dans l’avenir intéresser de plus en plus de monde. Nous sommes convaincues que personne n’a envie de laisser la planète dans un sale état. C’est pour cela que nous proposons des alternatives.

Oui, il est possible de faire du beau, en faisant du bien, et nous faisons de notre mieux pour apporter une contribution positive au monde.

 


 

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